Manœuvre de Heimlich : reconnaître l’étouffement et agir sans aggraver la situation

Face à une personne qui s’étouffe, vérifiez d’abord si l’air passe encore. La manœuvre de Heimlich, aussi appelée compression abdominale, s’utilise lorsqu’un corps étranger bloque gravement les voies aériennes chez une personne consciente. Des gestes simples, réalisés dans le bon ordre, peuvent libérer l’obstruction en attendant les secours.
Reconnaître l’étouffement qui nécessite une action immédiate
Une obstruction partielle ne demande pas les mêmes gestes qu’une obstruction complète. Si la personne tousse fort, parle ou reprend son souffle entre deux quintes, l’air circule encore. Encouragez-la à tousser et surveillez-la attentivement. Ne tapez pas systématiquement dans son dos et ne cherchez pas à retirer l’aliment avec les doigts.

La situation devient une urgence vitale lorsque la victime ne peut plus parler, respirer ou tousser efficacement. Elle peut porter spontanément les mains à sa gorge, avoir le visage qui bleuit, paniquer ou émettre des sons très faibles. Demandez-lui clairement si elle s’étouffe. Si elle ne répond pas ou hoche la tête sans pouvoir parler, intervenez immédiatement et faites appeler les secours.
La voix est un repère plus utile qu’on ne le croit
La voix est portée par un flux d’air qui traverse le larynx. Une toux bruyante ou quelques mots prononcés montrent que cet air circule encore, même si le passage est gêné. Il faut alors laisser la personne expulser elle-même le corps étranger. À l’inverse, un silence soudain, une toux muette ou un sifflement discret peuvent signaler que le passage se ferme.
Ce repère auditif aide lorsque vous ne voyez pas clairement ce qui a été avalé. Il évite de confondre une quinte de toux impressionnante avec une obstruction complète. Tant que la personne tousse efficacement, restez auprès d’elle, observez l’évolution et préparez-vous à agir si sa respiration ou sa voix se dégrade.
Réaliser les gestes de désobstruction chez un adulte conscient
Avant de commencer, demandez à un témoin d’appeler le 15 ou le 112. Si vous êtes seul, appelez en haut-parleur dès que possible. Ne perdez pas de temps à chercher un objet dans la bouche. Retirez uniquement ce qui est nettement visible et facile à saisir.
- Penchez la victime vers l’avant. Placez-vous légèrement sur le côté et soutenez sa poitrine si nécessaire. Cette position favorise la sortie du corps étranger et limite le risque de le faire descendre plus profondément dans les voies aériennes.
- Donnez 5 claques dans le dos. Avec le talon de la main, frappez franchement entre les omoplates. Après chaque claque, vérifiez si l’objet a été expulsé. Si la personne recommence à respirer et à parler, arrêtez les gestes et continuez à la surveiller.
- Faites 5 compressions abdominales. Placez-vous derrière la victime, passez les bras autour de sa taille et fermez un poing. Positionnez-le au-dessus du nombril et sous l’extrémité du sternum. Saisissez ce poing avec l’autre main, puis tirez d’un mouvement sec vers vous et vers le haut.
- Alternez les séquences. Continuez avec 5 claques dorsales puis 5 compressions abdominales jusqu’à l’expulsion du corps étranger, l’arrivée des secours ou la perte de connaissance.
Les compressions abdominales créent une pression brusque dans l’abdomen et le thorax. Cette pression aide à chasser l’air restant par la trachée et à déplacer le corps étranger. Le geste doit être net, mais il ne consiste pas à écraser la poitrine ni à comprimer directement les côtes. Après chaque série, observez si la respiration et la parole reviennent.
Adapter la manœuvre de Heimlich à la personne secourue
Le principe reste de désobstruer les voies aériennes, mais la zone de compression dépend de l’âge et de la morphologie. Une compression abdominale mal placée peut blesser. Adaptez donc le geste au profil de la victime et cessez les compressions dès que l’objet est expulsé ou que la personne perd connaissance.
| Situation | Gestes à privilégier |
|---|---|
| Enfant de plus de 1 an | Donnez 5 claques dans le dos puis 5 compressions abdominales, avec une force adaptée à sa corpulence. Mettez-vous à sa hauteur pour garder un geste maîtrisé. |
| Nourrisson de moins de 1 an | Ne réalisez pas de manœuvre de Heimlich. Alternez 5 claques dorsales avec 5 compressions thoraciques, en maintenant la tête plus basse que le tronc. |
| Femme enceinte | Remplacez les compressions abdominales par des compressions thoraciques au centre de la poitrine. |
| Personne obèse | Utilisez également des compressions thoraciques si vous ne pouvez pas entourer correctement l’abdomen ou placer vos mains au bon endroit. |
Si la personne perd connaissance
Si la victime devient inconsciente, accompagnez-la au sol sans la laisser tomber. Appelez ou faites appeler immédiatement le 15 ou le 112, puis commencez la réanimation cardiopulmonaire si vous êtes formé. Réalisez 30 compressions au centre de la poitrine, inspectez la bouche uniquement si un objet est visible, puis faites des insufflations si vous savez les réaliser.
Utilisez un défibrillateur automatisé externe dès qu’il est disponible et suivez ses consignes vocales. Ne pratiquez plus de compressions abdominales sur une personne allongée et inconsciente. Si vous êtes seul, gardez le téléphone en haut-parleur lorsque vous appelez les secours afin de suivre leurs indications tout en intervenant.
Les erreurs qui aggravent l’obstruction
Le stress pousse souvent à agir trop vite, mais certains réflexes sont dangereux. Ne donnez ni eau, ni nourriture, ni médicament à une personne qui s’étouffe. N’essayez pas de lui faire avaler du pain ou un autre aliment pour « pousser » le corps étranger. Ces tentatives peuvent aggraver le blocage et retarder les gestes utiles.
- Ne mettez pas les doigts dans la bouche à l’aveugle : vous pourriez enfoncer l’objet plus profondément.
- Ne couchez pas une victime consciente qui ne respire plus correctement : commencez par les gestes de désobstruction adaptés.
- Ne pratiquez pas de compressions abdominales sur un nourrisson, une femme enceinte ou lorsque l’abdomen est inaccessible.
- Ne cessez pas la surveillance dès que l’objet semble expulsé : une gêne respiratoire peut persister.
Il est préférable d’alerter tôt, surtout si l’étouffement ne se résout pas après les premières séquences, si la victime présente un malaise ou si vous doutez de l’efficacité des gestes. Au téléphone, indiquez son âge approximatif, son état de conscience, sa capacité à respirer et les gestes déjà effectués. Ces informations permettent aux secours de mieux comprendre la situation et de vous guider.
Après l’expulsion : surveiller et faire évaluer la victime
Le retour de la respiration est une amélioration, mais pas toujours la fin de l’incident. Rassurez la personne, installez-la dans une position confortable et surveillez sa conscience, sa couleur et sa respiration jusqu’à ce qu’elle soit pleinement stable. Une toux résiduelle peut survenir après l’expulsion, notamment si les voies aériennes ont été irritées.
Une évaluation médicale est recommandée après des compressions abdominales ou thoraciques, car ces gestes peuvent occasionner des douleurs ou des lésions internes. Faites également consulter rapidement si la personne garde une toux importante, une voix modifiée, une douleur thoracique ou abdominale, une difficulté à respirer, ou la sensation qu’un morceau reste coincé.
En cas de nouvel essoufflement, de somnolence ou d’aggravation, appelez sans attendre le 15 ou le 112. Même lorsque l’objet semble avoir été expulsé, ne laissez pas la victime seule tant que sa respiration et son état général ne sont pas redevenus stables.